La genèse du Projet T

Gabriel – « Yo! On fait un documentaire en Tunisie l’année prochaine? »
Moi – « Okay! »

Et voilà, c’est comme ça que ça a débuté. Ou presque. Non, en vérité ça a pris plusieurs mois avant que Gab me convainque vraiment de m’embarquer dans son projet. On s’est revu à l’été 2013 après qu’on ait chacun passé un certain temps en Europe; moi pour un stage, lui pour une session à l’étranger. On allait entamer la dernière année de notre bac en philo et aucun des deux n’avait l’intention de continuer les études l’année suivante. On voulait faire autre chose.

Moi j’avais en tête un gros voyage. Partir seul avec mon backpack comme unique maison et les gens que je rencontre comme unique famille. Un gros voyage qui durerait un éternel six mois. J’avais même trois plans plus ou moins précis du chemin que j’allais parcourir : longer la côte Est de l’Afrique du Sud jusqu’à l’Égypte, sillonner le Moyen-Orient ou encore découvrir l’Asie centrale. Finalement, je ne ferai aucun des trois. Too bad, ce sera pour la prochaine fois!

Et ça c’est parce que Gab m’a convaincu de voyager autrement. Lui, il est revenu d’Angleterre avec la ferme intention de filmer un documentaire. Un vrai. Non seulement ça, il avait aussi l’idée d’apprendre l’arabe : حظا سعيدا. Bref, il fallait trouver un endroit où c’était possible d’accomplir ses deux plans. Et pourquoi pas la Tunisie?

Je dois avouer que ce qui m’a attiré dans le Projet T c’est son aspect créatif. Grâce à celui-ci j’aurai la chance de faire mon gros voyage, mais en plus je reviendrai chez moi avec une œuvre qui sera, je l’espère, une partie de moi-même. D’autre part, ça nous permettra de mieux voyager, c’est-à-dire de vraiment connaître la vie des gens que nous croiserons sur notre chemin. Faire un documentaire, c’est avoir la chance d’écouter des gens nous raconter leur histoire, nous faire le récit de leur vie. C’est les laisser nous montrer ce qui reste caché aux yeux des étrangers.

C’est en décembre 2013 que se tient première rencontre officielle du projet. À l’origine nous sommes quatre : Gabriel et moi-même ainsi que deux amies débordantes d’ambitieuses idées, Cécile et Gabrielle. Ensemble, pendant les mois suivant, on redéfinit les objectifs et les méthodes du projet en se questionnant sur notre démarche. Quel sera le sujet de notre documentaire? Quelle forme prendra-t-il? Comment rendre le Projet T intéressant et pertinent pour notre public?

Au fil des réunions, une chose devient claire : le Projet T c’est un projet sur la jeunesse ou plutôt les jeunesses (Ouin, j’y reviendrai là-dessus un de ces jours). Il y a bientôt quatre ans de cela, les Tunisiens ont tourné le dos à la dictature de Ben Ali de manière brutale. Un vent de changement a soufflé sur la Tunisie et la jeunesse tunisienne était à l’origine de ce souffle. Aujourd’hui, la poussière est peu à peu retombée. La Tunisie est encore loin d’avoir des institutions démocratiques robustes, mais au moins la dictature semble être un spectre qui a cessé de hanter le petit pays maghrébin. Pour ses habitants, ce changement se traduit entre autre par l’ouverture des possibilités, comme une fenêtre qui est restée trop longtemps close.

Alors que sous la dictature tout était bloqué, qu’il fallait être un ami du président pour oser réaliser ses rêves, maintenant les portes s’ouvrent. Les Tunisiens ne sont plus victimes des politiques, ils les décident. Le gouvernement n’est plus un obstacle pour ceux qui veulent réaliser leurs idéaux et inventer une société à leur image, mais plutôt un outil pour arriver à leurs fins. En somme, les Tunisiens sont pour la première fois capable de tracer eux-mêmes les chemins qu’ils emprunteront. Ils ont le droit de s’autodéterminer.

La transformation de la société tunisienne à la suite du printemps arabe fait aujourd’hui de ce pays une terre fertile en projets de toutes sortes. Les jeunes en particuliers tentent de réaliser des idées qu’ils n’osaient même pas rêver auparavant. Mais en quoi cela est-il pertinent pour la société québécoise?

C’est qu’à l’opposé de la Tunisie, le Québec n’a pas connu de révolution ces dernières années. Le Québec, à l’image de la plupart des pays occidentaux, stagne et traverse un long hiver austère où les opportunités pour les nouvelles générations semblent s’amenuiser plutôt que s’agrandir. Le rêve progressiste qui animait les baby-boomers s’est lentement transformé en cauchemar néolibéral, tout ce qu’il y a de plus morose et terne. Bon, j’exagère peut-être un peu. C’est juste que j’en avais gros sur le cœur.

Le paradoxe ici c’est que les jeunes québécois disposent certainement de meilleurs moyens pour changer leur société que les jeunes tunisiens. On pense notamment aux institutions démocratiques bien implantées, aux conditions économiques plus que favorables et à une société civile très diversifiée. Alors pourquoi ne pas être optimiste, innovateur et créatif? Pourquoi au Québec se désole-t-on en regardant notre société et nos problèmes?

C’est peut-être justement ça qui cloche. On les regarde trop nos problèmes à tel point qu’on n’a plus de recul sur ceux-ci. Et si on regardait ailleurs? Pourquoi ne pas apprendre et être inspiré par d’autres jeunesses fourmillantes d’idées, d’expériences et de volonté? Eh ben, c’est ça le Projet T!

Gabriel – « Alors, est-ce que tu viens en Tunisie à l’hiver prochain? »
Moi – « Ouin, expliqué comme ça, j’ai pas vraiment le choix de dire oui! »

Si je me souviens bien c’est vraiment comme ça que ça a débuté

Texte de Laurent le DQFTE

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