Retour sur le tournage

Tel que promis dans notre dernier billet, voici un retour sur notre tournage en Tunisie.

Avec le recul, à plusieurs égards, nous n’étions pas prêts pour ce tournage. Nous n’avions que très peu de contacts pertinents sur le terrain. Bien que nous ayons tourné un court film avec notre nouvelle caméra avant notre départ, nous ne la maîtrisions pas assez pour filmer avec confiance dans les différents contextes où notre documentaire nous a menés. Notre scénario le plus détaillé du film ne consistait en fait que de quelques lignes seulement et nous n’avions par conséquent qu’un vague ensemble d’idées des images que nous voulions avoir. Plus généralement, notre inexpérience a compliqué le tournage.

Tout ça, nous l’avions un peu prévu. Nous croyions, naïvement peut-être, que nous réussirions tout de même à revenir avec des images de bonne qualité et un film en tête. Il s’agissait-là peut-être d’un genre d’intuition un peu mystique que beaucoup de voyageurs ont avant de partir. Dans tous les cas, bien humblement, nous avons réussi.

En fait, nous avons réussi grâce (et uniquement grâce) à nos rencontres exceptionnelles en Tunisie. Ces rencontres nous ont permis, dans un premier temps lors de notre repérage, de discuter, découvrir et mieux comprendre la Tunisie. C’est en discutant avec des acteurs de la société civile et des journalistes que nous avons pu constater l’ampleur de la méfiance que porte une partie de la population envers le nouveau gouvernement, autant envers son caractère anti-démocratique qu’envers sa capacité à relancer le développement du pays, particulièrement dans les zones intérieures. Cette méfiance est justement à la source de plusieurs projets de changement social, le sujet de notre film.

Nos rencontres nous ont ensuite permis de repérer nos protagonistes pour le film, l’une des tâches les plus importantes et les plus difficiles de notre voyage. Ceux que nous avons trouvés nous ont avoué par la suite avoué avoir accepté de participer au film en partie parce que nous leur avions été recommandés par des amis. Ainsi, c’est beaucoup plus par les rencontres, au coin d’un bar après avoir pris le thé avec un ami d’un ami, dans une auberge branchée de Tunis avec un contact que nous avait refilé une journaliste, et non par les médias sociaux, l’internet ou le téléphone, que nous avons pu rencontrer nos sujets de film.

Notre rencontre avec la Tunisie aura été ponctuée par un évènement bouleversant qui a tristement rythmé notre périple. Le 18 mars, un attentat revendiqué par l’État Islamique cause la mort de 24 personnes au musée du Bardo, le quartier où se trouve notre pied-à-terre à Tunis. C’est le choc. Les Tunisiens sont dévastés. Dès le lendemain on sent la tristesse, la frustration mais surtout la force de combattre ce mal qui s’abat sur le pays du jasmin. Durant tout le reste de notre voyage, l’État Islamique et la lutte au terrorisme seront au cœur de nos conversations avec les Tunisiens.

Néanmoins notre visite en cette période mouvementée de son histoire, a été, telle que nous le pensions, une expérience exceptionnelle. Non seulement nous avons eu la chance de suivre pendant quelques mois des jeunes Tunisiens carburant à des idéaux de liberté, d’égalité et de justice qui tentent jours après jours de changer leur société; mais cette même société est elle-même sans cesse traversée par d’immenses changements sociaux, politiques et économiques, la provoquant de toutes parts, des mouvements protestataires régionaux au travail des ONGs, en passant par les syndicats, les grandes institutions financières, l’Union Européenne, l’ONU, les partis politiques et les organisations terroristes. C’est un peu de cet échange dynamique entre le mouvement de la société civile, la fébrilité d’un pays, les actions d’acteurs internationaux et les idéaux et actions de deux jeunes Tunisiens que nous espérons traduire en image à travers Projet T.

Justement, la rencontre de ces deux jeunes Tunisiens est la raison principale de notre retour de Tunis avec un film. Il est très difficile de mesurer ou même de décrire leur contribution à notre futur documentaire. Leur engagement pour le changement social et leurs réflexions sur la Tunisie auront été immensément fascinants et inspirants. Leur dévouement et leur aide pour notre tournage, inespéré. Leur amitié, sans mots.

Aujourd’hui, leur histoire ne mérite pas seulement d’être racontée ; elle se doit de l’être! Nous avons tous beaucoup à apprendre d’eux. Durant la prochaine année, leur lutte acharnée pour le changement sera notre inspiration pour compléter ce film.

Laurent et Gabriel

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